Détroit de Cook : ce que l’on traverse entre Wellington et Picton

Détroit de Cook : ce que l'on traverse entre Wellington et Picton

En décembre 1642, Abel Tasman longe la côte de ce qui deviendra la Nouvelle-Zélande et aperçoit, entre les deux grandes îles, une large échancrure qu’il prend pour une baie fermée à l’est. Il la baptise du nom de l’un de ses deux navires, le Zeehaen. Il faudra attendre James Cook, en 1770, pour établir qu’elle débouche sur l’océan de l’autre côté et que la terre aperçue forme en réalité deux îles. Le détroit porte aujourd’hui le nom du navigateur britannique ; en maori, c’est Te Moana-o-Raukawa, la mer de Raukawa.

Ce bras de mer se franchit désormais en ferry, entre Wellington et Picton, en un peu plus de trois heures. La plupart des passagers n’y voient qu’une liaison entre deux étapes. Pour qui a déjà tenu une barre, la traversée raconte autre chose : un passage étroit, des marées qui se contrarient, un vent que le relief canalise, puis un long chenal entre des collines qui tombent droit dans l’eau.

Pourquoi ce détroit a-t-il si mauvaise réputation ?

À son point le plus étroit, entre le cap Terawhiti, sur l’île du Nord, et Perano Head, sur l’île d’Arapaoa, le détroit ne mesure que 22 kilomètres. La géographie y fabrique deux phénomènes que les marins redoutent. Le premier tient à la marée : aux deux extrémités du détroit, elle est presque exactement en opposition de phase, si bien que la pleine mer d’un côté coïncide avec la basse mer de l’autre. Le marnage reste faible au centre, mais l’eau y circule vite, avec des courants qui peuvent atteindre cinq nœuds.

Le second est le vent. Entre les reliefs des deux îles, le détroit forme une trouée qui canalise les vents d’ouest et les dévie parfois en vents de nord. Wellington doit en partie à cette situation son surnom de « Windy Wellington ». Quand ce vent s’oppose au courant de marée, la mer se lève vite, courte et désordonnée, et les traversées sont régulièrement perturbées, parfois annulées.

Un détail intéresse directement les plaisanciers : plusieurs câbles reposent sur le fond, dont les trois câbles à haute tension qui relient les réseaux électriques des deux îles. Une zone de protection, large d’environ sept kilomètres sur la plus grande partie de son tracé, y interdit le mouillage et la pêche.

Ce que l’on voit depuis le pont, une fois entré dans les Sounds

La traversée couvre environ 93 kilomètres, dont les deux tiers en plein détroit. Le reste se fait à l’abri, dans les Marlborough Sounds, un dédale de vallées que la mer a envahies. Le ferry y pénètre par Tory Channel, Kura Te Au en maori, un chenal de près de 17 kilomètres pour un peu plus d’un kilomètre de large en moyenne, qui rejoint le Queen Charlotte Sound à mi-longueur. Vue du pont supérieur, l’entrée du chenal paraît étonnamment étroite pour un navire de cette taille ; c’est le moment de quitter les salons.

Les rives portent une longue histoire maritime. Dans la baie de Whekenui, la famille Perano a chassé la baleine de 1911 à 1964 ; sa station fut la dernière en activité du pays. Bien avant, James Cook avait fait du Queen Charlotte Sound l’un de ses mouillages favoris. Plus près de nous, en mai 2000, une limite de 18 nœuds a été imposée à tous les navires dans les Sounds, après des plaintes de riverains sur les dégâts causés aux rivages par les ferries.

Comment embarque-t-on une moto sur le ferry ?

Deux compagnies assurent la liaison, avec plusieurs départs quotidiens : Interislander, qui appartient à l’opérateur public KiwiRail, et Bluebridge. Les motos embarquent avec les voitures et, chez Interislander, c’est au pilote d’arrimer lui-même sa machine : la compagnie fournit des cordages, mais conseille d’apporter ses propres sangles, surtout en période d’affluence. Elle demande de se présenter au moins une heure avant le départ et de garder le casque sur la tête pendant l’embarquement.

La compagnie relaie les conseils des habitués : moto sur la béquille latérale, une vitesse engagée, fourche légèrement comprimée par la sangle avant, arrière bridé pour que la machine ne joue pas d’avant en arrière. Les sangles s’accrochent à des points solides, loin des carénages et des durites de frein, avec une paire de gants glissée sous celle qui passe sur la selle. Une fois la moto arrimée, on monte en salon avec peu de choses : les papiers, la tenue de pluie et une couche chaude pour le pont extérieur.

Une journée de marge avant le ferry n’a rien d’un luxe

Le vent qui fait la réputation du détroit a une conséquence très terre à terre : quand il impose l’annulation d’un départ, c’est toute la suite de l’itinéraire qui glisse, avec des hôtels réservés de l’autre côté. Pour ceux qui choisissent de traverser les deux îles de Nouvelle-Zélande en Harley-Davidson avec West Forever, le ferry inter-îles est compris, et le circuit prévoit une journée de repos à Wellington juste avant de passer sur l’île du Sud. Un voyageur indépendant a tout intérêt à copier ce principe. Les compagnies publient l’état de leurs départs : consultez-le la veille au soir, puis le matin même, avant de rendre la chambre.

À Picton, la route reprend le dessin des côtes

Picton est un petit port niché au fond du Queen Charlotte Sound, et l’on en sort vite. Vers l’ouest, la Queen Charlotte Drive suit les anses jusqu’à Havelock : une route étroite et sinueuse, entre forêt et eau, qui se savoure à allure modérée, d’autant que la chaussée peut rester humide sous les arbres. Vers le sud, la route principale file vers Blenheim et les vignobles de Marlborough, connus pour leur sauvignon blanc.

Reste un choix à faire dès la réservation, celui de l’horaire. Préférez une traversée de jour : par mer formée, le détroit se supporte mieux assis au centre du navire, là où les mouvements sont les plus faibles, et le pont extérieur se gagne ensuite pour le dernier tiers, entre les collines de Tory Channel. De nuit, ce spectacle n’existe tout simplement pas.