Mi-décembre, ponton du Marin. Le voilier a bouclé sa transatlantique trois jours plus tôt, le carénage est prévu la semaine suivante, et les deux enfants du couple, accompagnés de leurs conjoints, atterrissent au Lamentin pour Noël. Six personnes, une cabine double, une cabine avant encombrée de voiles de rechange : le calcul est vite fait.
Ce scénario, ou une variante, se répète chaque hiver. L’escale martiniquaise est rarement une simple halte. C’est là qu’on répare et qu’on avitaille avant la saison aux Antilles, là aussi qu’on accueille ceux qui rejoignent le bord pour quelques semaines. Et c’est souvent là que l’équipage gagnerait à poser son sac à terre quelques jours.
Le bateau au chantier, l’équipage dehors
Le Marin concentre une bonne partie des chantiers et des shipchandlers de l’île, et la tentation est grande de rester à bord pendant les travaux. Certains chantiers le tolèrent. C’est rarement une bonne idée. Il faut descendre une échelle de trois mètres pour chaque passage aux sanitaires, et la poussière de ponçage retombe partout pendant que la chaleur s’accumule dans le carré. Un couple seul s’en accommode quelques nuits. Avec des invités, non.
Le calendrier pèse aussi. Un carénage annoncé pour quatre jours en prend volontiers six, entre une pièce qui manque et un antifouling qui sèche mal après une averse. Réserver la maison avec deux nuits de marge coûte moins cher que de chercher un toit en catastrophe le soir où le chantier annonce un retard.
Reste la question des dates. Les fêtes de fin d’année comptent parmi les semaines les plus demandées aux Antilles, et les maisons proches du Marin partent tôt. Un équipage qui connaît sa date de départ des Canaries ou du Cap-Vert sait, à quelques jours près, quand il touchera la Martinique : c’est le moment de réserver, en privilégiant une annulation souple, car l’Atlantique a ses humeurs et une transatlantique peut s’allonger de plusieurs jours.
Ce qu’un marin attend d’une maison à terre
Les critères ne sont pas ceux d’un vacancier ordinaire. Après plusieurs semaines de mer, la vue compte moins que le lave-linge, indispensable pour les vêtements raidis par le sel et les cirés qui n’ont jamais vraiment séché. Une douche où l’on ne compte pas les litres, un congélateur pour préparer des repas d’avance avant la prochaine traversée, une grande table pour étaler les papiers du bateau et les devis du chantier : rien de spectaculaire, tout ce qui manque à bord.
La situation, elle, se juge en minutes de route jusqu’au chantier. Sur villaveo.com, les maisons sont classées par commune et se filtrent par nombre de chambres ; pour un équipage qui suit des travaux au Marin, commencer par Le Marin, Sainte-Anne ou Le Vauclin évite bien des allers-retours. Le skipper passe voir l’avancement le matin pendant que les invités filent à la plage, et tout le monde se retrouve le soir à la même table.
Vérifiez enfin la connexion internet. Entre les fichiers météo, les formalités et les échanges avec le chantier, elle sert davantage qu’on ne l’imagine.
Ces jours à terre sont aussi l’occasion de voir l’île autrement. Beaucoup de plaisanciers connaissent la Martinique par ses mouillages, Sainte-Anne, Grande Anse d’Arlet ou Saint-Pierre, et n’en ont jamais vu l’intérieur. Une matinée sur la route de la Trace, sous la forêt humide, ou la visite d’une distillerie de rhum agricole rappellent que l’île ne s’arrête pas à la ligne de côte. Avec une voiture déjà louée pour l’avitaillement, l’occasion serait dommage à manquer, et les invités venus de Paris n’en demandent pas davantage.
Repartir sans traîner les pieds
Le risque des jours à terre, tous les marins le connaissent : on y prend goût. Le lit qui ne bouge pas a un pouvoir de persuasion redoutable. Pour que l’escale reste une escale, fixez d’emblée la date de remise à l’eau et organisez la fin du séjour autour d’elle. L’avitaillement se fait les deux derniers jours, avec la voiture de location, en privilégiant ce qui sera plus cher ou introuvable dans les îles suivantes. La dernière nuit, en revanche, se passe à bord, au ponton ou au mouillage de Sainte-Anne, pour retrouver ses marques avant de lever l’ancre.
Entre la sortie du chantier et le vrai départ, gardez une journée de sortie sans destination. C’est ce jour-là qu’on découvre le passe-coque qui suinte ou le pilote automatique mal recalibré, à une heure du ponton plutôt qu’au milieu du canal de Sainte-Lucie.
